Les jours suivants, l'Empereur reprit ses visites à Cerena. Aucun d'eux n'avait abordé ce qu'il s'était passé précédemment, et il n'avait pas davantage pris de nouvelle initiative depuis.
Elle lui offrait une tasse de thé autour de laquelle ils passaient un moment à discuter. Assise sur le divan et lui sur un fauteuil face à elle, elle le regardait d'un air curieux.
— Majesté, puis-je vous poser une question ? lui demanda Cerena lors de l'une de ces occasions.
— Je t'écoute.
— Lorsqu'on s'est rencontrés, vous m'aviez dit que je venais d'une famille royale… Comment le saviez-vous ?
Il sembla réfléchir un instant, avant de répondre.
— Certaines choses sont écrites avant même qu'elles se produisent, et le destin n'est pas quelque chose qu'il est facile d'influencer. La lignée dont tu es issue porte un pouvoir longtemps resté inactif, dont seule l'Histoire peut attester l'existence.
— Cela veut-il dire que vous saviez depuis toujours où et quand me trouver ?
— En effet.
— Ce pouvoir a-t-il un lien avec le fait que je n'ai pas grandi dans ma famille ?
— Bien s?r. Mal comprise, une telle chose peut aisément être per?ue comme un mauvais présage. Tes géniteurs ont préféré croire en une prophétie nébuleuse plut?t que de prendre le risque de t'élever.
étonnamment, cette révélation ne provoqua aucune émotion en Cerena. Ni rancune, ni déception. Toutefois, un doute la saisit, et d'autres questions se bousculèrent dans son esprit.
— Saviez-vous déjà ce qui se passerait ? Qu'ils comptaient m'abandonner ?
— Il y a des choses qu'on ne peut anticiper ou contr?ler, notamment lorsque d'autres personnes sont impliquées.
L'Empereur s'interrompit, l'observant avec attention, puis sourit.
— Mais certaines d'entre elles peuvent être provoquées.
Réalisant ce qu'il venait de dire, elle écarquilla les yeux.
— Seriez-vous, par hasard… l'auteur de la prophétie ?
Il ne répondit pas. Puis, sans se départir de son sourire énigmatique, il se leva et quitta la pièce.
Un silence tomba dans la chambre de Cerena, qui resta bouche bée, incapable de savoir qu'en penser.
???
Quelques jours plus tard, Cerena entendit des conversations animées provenant du couloir. Puis, on frappa vivement à sa porte. Elle s'ouvrit alors brusquement, et le Capitaine s'adressa à elle en toute hate.
— Ma Dame, je vous prie de bien vouloir me pardonner, mais accepteriez-vous de me suivre sans délai ?
Cerena, surprise de le voir pour une fois si précipité, demanda :
— Vous suivre où, et pour quelle raison ?
— Je crains que nous n'ayons pas le temps d'en discuter. C'est un cas d'urgence.
Mettant fin à la conversation, il s'écarta sur le c?té et, dans une révérence rapide mais respectueuse, lui indiqua de passer devant.
Devant son sérieux, Cerena obéit sans discuter et ouvrit la marche, suivie par le Capitaine et deux autres gardes.
Le Capitaine la fit presser le pas, se pla?ant finalement devant elle et jetant régulièrement des regards soucieux à ses subordonnés. Elle ne l'avait jamais vu agir de la sorte, ce qui ne manqua pas de l'inquiéter davantage.
Ils s'arrêtèrent subitement devant l'accès du niveau inférieur, entendant des bruits de pas se rapprocher.
Une silhouette apparut dans l'escalier, suivie de deux autres. Portant des capes masquant leur visage, il était impossible de savoir qui ils étaient, mais leurs intentions étaient claires : l'épée ou la dague qu'ils tenaient à la main suffisait à le comprendre.
En les voyant, Cerena eut un léger sursaut, son c?ur faisant un bond dans sa poitrine. Elle ignorait tout de ce qu'il se passait à l'extérieur du palais ; pourtant, elle eut le désagréable pressentiment qu'ils étaient là pour elle.
Le Capitaine dégaina son épée et se mit en position de défense, entre elle et les assaillants.
— Emmenez-la en lieu s?r ; je vais vous gagner du temps, ordonna-t-il aux deux soldats, qui avaient également sorti leurs armes de leur fourreau, prêts à combattre.
Saisie par autant de peur que d'incompréhension, Cerena voulut lui demander des explications, mais elle fut aussit?t coupée par l'un des gardes.
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— Par ici, Ma Dame, je vous prie, dit-il.
D'une légère pression contre son épaule, il l'incita à repartir sans attendre dans la direction d'où ils venaient. Elle jeta un dernier coup d'?il nerveux au Capitaine resté derrière, qui faisait barrage de son corps massif. Elle entendit le fracas des armes s'entrechoquant tandis qu'ils tournaient au premier angle du couloir, et pria intérieurement que l'homme s'en sorte sain et sauf.
Au bout de quelques minutes de marche rapide et à bout de souffle, mais se pensant en sécurité, elle osa enfin demander :
— Que se passe-t-il ? Qui sont ces gens ?
— Des intrus qui sont parvenus à pénétrer dans le palais. Ils en ont après vous, Ma Dame, répondit l'un des soldats.
— Moi ? Mais pourquoi ?
— Vous êtes précieuse pour l'Empereur.
Son intuition était donc juste. Mais que lui voulaient-ils exactement ? étaient-ils là pour la tuer ? L'enlever ?
Une pensée lui traversa soudain l'esprit. Et s'ils étaient là pour la sauver ? Peut-être même Owen était-il parmi eux ?
Mais alors qu'elle était plongée dans ses réflexions, un sifflement la ramena à la réalité, suivi d'un rale et d'un bruit métallique. à c?té d'elle, l'un des soldats s'effondra, un carreau d'arbalète planté dans la gorge.
Cerena sursauta et porta ses mains à son visage, tandis que le second soldat se préparait à la défendre.
Deux hommes leur faisaient maintenant face, et tandis que le second rechargeait lentement son arbalète, son acolyte s'apprêtait à affronter le garde à l'arme blanche.
— Ma Dame, dit le garde, préparez-vous à courir. Les renforts doivent être en route.
Le c?ur battant la chamade, Cerena recula d'un pas, tandis que l'affrontement débutait. L'armure du garde était assez solide pour lui permettre d'éviter les blessures, mais son opposant, lui, habillé de simples vêtements et d'un plastron en cuir sombre, avait l'avantage de la souplesse et de l'agilité.
Mais dans un affrontement asymétrique, ce n'était qu'une question de temps avant que le garde ne subisse le même sort que son collègue.
Comprenant que la situation était désespérée, Cerena se retourna, prête à fuir, mais elle tomba nez à nez avec un troisième importun qui la saisit brusquement par le bras, tandis qu'il se pla?ait dans son dos d'un geste souple. Elle sentit un objet fin et tranchant être appuyé contre son dos.
Au moment où elle entendit, derrière elle, le garde rendre son dernier souffle dans un bruit sourd, l'homme qui la tenait fermement lui chuchota à l'oreille :
— Avancez sans bruit et sans geste brusque, altesse, et tout se passera bien.
Il la poussa sans délicatesse, la for?ant à avancer à l'angle du couloir. Cerena, la respiration haletante, n'eut pas d'autre choix que de s'exécuter.
L'homme la conduisait d'un pas assuré au travers des couloirs, s'arrêtant au moindre bruit suspect. Derrière eux résonnaient d'autres bruits de pas, Cerena supposant qu'il s'agissait de ses complices ayant abattu les gardes.
Au bout de plusieurs minutes, Cerena tenta le tout pour le tout, questionnant ses ravisseurs.
— Qui êtes-vous et qu'attendez-vous de moi ?
— Silence, lui répondit-il sèchement.
Dépitée par sa tentative avortée d'en apprendre plus, elle préféra obtempérer. Ils avancèrent encore un long moment. Cerena ignorait jusque-là qu'il existait plusieurs sorties, mais ils parvinrent à trouver un escalier descendant à l'étage inférieur.
Néanmoins, à peine étaient-ils arrivés qu'ils tombèrent face au Capitaine de la Garde. Son armure était couverte de sang, mais il ne semblait pas blessé lui-même. Il leur fit face, leur barrant la route. Il jeta un coup d'?il à Cerena, vérifiant qu'elle allait bien, puis fit un pas en avant.
Mais l'homme qui la maintenait fit glisser son poignard sur le cou de la jeune femme, pressant la lame contre sa peau et mena?ant de lui trancher la gorge.
— écartez-vous, ou bien elle périt sur-le-champ, annon?a l'homme.
— C'est impossible, répondit le Capitaine, sans se démonter. Je ne peux vous laisser passer.
Lorsque l'homme appuya plus fort la lame contre sa gorge, entaillant sa peau, elle grima?a et gémit de douleur.
— Si vous la tuez, avertit le Capitaine d'un air sombre, vous pouvez être s?r que vous ne quitterez jamais cet endroit vivant.
Cerena sentit un léger mouvement de l'homme qui la tenait contre elle, comme si la menace avait fait son effet.
Tandis qu'ils commen?aient à reculer lentement avec Cerena, l'un des hommes qui se trouvaient toujours derrière eux s'avan?a, s'apprêtant à affronter le soldat.
Mais soudain, un nouveau bruit sec lui parvint de l'arrière : celui d'un corps s'affaissant au sol. Elle sentit l'homme derrière elle avoir un mouvement de sursaut, et, tournant légèrement la tête, elle aper?ut avec horreur une tête, sans corps, rouler au sol.
Choquée, elle en eut le souffle coupé. Son ravisseur se retourna, pla?ant Cerena en bouclier humain entre lui et celui qui venait de décapiter l'un des intrus.
L'Empereur était là, sa chevelure argentée immaculée dénotant avec son regard sans équivoque, mais qu'elle ne lui avait jamais vu : malgré son calme apparent, il était dans une colère noire.
L'épée lumineuse qu'il tenait ne portait pas une trace du sang de sa victime qui se répandait au sol, comme s'il avait tranché si vite et net que le liquide n'avait pas pu l'atteindre.
En un instant, l'Empereur disparut du champ de vision de Cerena, dont le c?ur manqua un battement, un désagréable souvenir refaisant surface. Au même moment où elle entendit le Capitaine affronter son adversaire à l'arrière, elle sentit la tension dans ses bras se relacher, l'homme qui la maintenait jusque-là s'effondrant par terre.
Elle aurait d? pouvoir respirer, mais elle ne parvint pas à détacher son regard du corps sans tête qui gisait à ses pieds.
Le souffle court, tremblante, elle se laissa tomber à genoux, mais fut rattrapée par l'Empereur. Il la serra contre lui, dans un geste qui semblait destiné autant à la soutenir qu'à la rassurer.
La tension retombant lentement, Cerena réalisa peu à peu ce qu'il s'était passé. Ses larmes se mirent à couler, et elle se laissa submerger par ses émotions, enfouissant son visage dans son épaule.
La soulevant soigneusement des deux mains, l'Empereur la conduisit en lieu s?r.

